Tralala - Réflexions


 

 

Réflexions

 

J'ai constaté que seize années ou plus de présence dans notre système éducatif leur ont tellement lavé le cerveau qu'il est impossible d'obtenir d'eux qu'ils aillent au dehors et qu'ils se contentent d'observer et de noter propos, impressions ou événements auxquels ils ont assisté. La plupart d'entre eux sont complètement désorientés devant la réalité, parce qu'il faut qu'ils sachent à l'avance ce qu'ils vont découvrir et qu'ils aient une théorie ou une hypothèse à vérifier.

- Edward T. Hall

 

 

Le développement de la capacité de penser et de juger d'une manière indépendante devrait toujours figurer au premier rang, et non pas l'acquisition de connaissances spéciales. Si un homme s'est rendu maître des principes fondamentaux de son sujet et a appris à penser et à travailler d'une manière indépendante, il fera sûrement son chemin et sera, en outre, mieux capable de s'adapter au progrès et aux changements que celui dont l'éducation consiste à acquérir une connaissance détaillée.

- Albert Einstein

 

 

Les gros cailloux de la vie

Source - Le Messager de St-Antoine, avril 2000

Un jour, un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Debout devant ce groupe d'élite, le vieux prof les regarda un à un, lentement, puis leur dit : "Nous allons réaliser une expérience". De dessous la table, il sortit un immense pot "Mason" d'un gallon qu'il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord, il leva lentement les yeux sur ses élèves et leur demanda : "Est-ce que le pot est plein?". Tous répondirent : "Oui.".

Il attendit quelques secondes et ajouta : "Vraiment?" Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s'infiltrèrent entre les cailloux... jusqu'au fond du pot. Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : "Est-ce que le pot est plein?". Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L'un d'eux répondit : "Probablement pas!" - "Bien", répondit le vieux prof. Il se pencha de nouveau et, cette fois, sortit de sous la table une chaudière de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda : "Est-ce que le pot est plein?". Cette fois, sans hésiter et en choeur, les brillants élèves répondirent : "Non!".

"Bien", répondit le vieux prof. Et comme s'y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d'eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu'à ras bord. Il leva alors les yeux vers son groupe et demanda : "Quelle grande vérité nous démontre cette expérience?". Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit : "Cela démontre que même lorsque l'on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire.".

"Non,", répondit le vieux prof, "ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous ensuite.". Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ses propos. Le vieux prof leur dit alors : "Quels sont les gros cailloux de votre ?... Votre santé?... Votre famille?... Vos amis?... Réaliser vos rêves? Ou... toute autre chose? Ce qui est important, c'est de mettre ses gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir... sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n'aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n'oubliez pas de vous poser à vous-même la question : Quels sont les gros cailloux de ma vie? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot (vie).". D'un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et, lentement, quitta la salle.

 

 

Entretien avec maître Yehudi Menuhin, musicien

Pour lutter contre l'incompréhension qui oppose des groupes de cultures et de croyances différentes, l'artiste qui inspira à Einstein ces mots : « Je sais depuis aujourd'hui que Dieu existe » - lorsque, âgé de treize ans, il joua pour le grand savant sous la direction de Bruno Walter -, a décidé de mener une action contre la violence et le racisme, grâce au projet Mus-e, destiné aux enfants des quartiers populaires. Plus récemment, il a entrepris de défendre les cultures des minorités avec « l'Assemblée des Cultures d'Europe » au Parlement. « La seule liberté, dit Yehudi Menuhin, c'est de se donner comme le font les pétales d'une fleur. La seule joie c'est l'état de grâce qui découle d'une profonde et humble reconnaissance. »  Aujourd'hui, à quatre-vingt deux ans, Lord Menuhin dirige cent cinquante concerts par an, dont une partie des fonds revient à sa fondation, qui chapeaute tous ces projets. La particularité des écoles Mus-e est l'initiation artistique des enfants, inclue dans le programme scolaire, prodiguée par une équipe d'animateurs extérieurs à l'institution : chant, expression corporelle, mime... Mais, plutôt que « l'éducation », c'est le développement de la créativité et du génie inhérent à chacun, qui passionne le maître. Car, selon lui, les voies de l'art agissent comme des modes de prévention de la violence et du racisme. C'est par l'épanouissement de son imaginaire, que l'enfant grandit en préservant son inspiration personnelle et sa capacité de jugement critique, grâce au développement précoce de sa créativité. Pour le grand violoniste, en allant à la source des facultés créatrices, par le biais de l'expression artistique, on forme des êtres capables d'échapper à un comportement « d'automates », dépourvus de jugement critique, indifférents aux autres, et violents. L'éveil artistique favorise le développement d'une intelligence humaniste, où la sensibilité s'installe dans la croissance de l'enfant comme moteur de son évolution. Le beau et le bien s'équilibrent, donnant naissance à une harmonie naturelle, grâce à l'apprentissage des arts... et, insiste-t-il, des arts martiaux, « afin de canaliser l'énergie ». Ainsi la musique devient-elle une forme d'être, une musicalité au monde, un état permettant une écoute réelle de l'autre.  Lord Menuhin me reçoit, à Bruxelles, le lendemain d'une visite des écoles Mus-e. Alerte comme un jeune homme, l'oil vif et brillant, il s'exclame avec enthousiasme : « Vous avez vu, hier, ces enfants, et toute cette gamme, entre le silence et la méditation, ces cris de joie et d'émotion. Ils s'abandonnaient, bougeaient avec légèreté et joie !  On devrait élever les enfants en les encourageant à exprimer leurs capacités. Quand ce potentiel est embouteillé, les frustrations apparaissent, et par la suite le crime, le suicide, le manque d'espoir. Simplement parce qu'on a privé l'enfant de son héritage : comme nous avons droit à l'air, à l'eau, à la nourriture, l'enfant, lui, a droit à l'expression de toute la gamme de ses émotions.

Mais dans une structure, non dans le chaos. S'il ne consomme pas, par la respiration et par l'air, son énergie, orientée vers l'épanouissement de son imagination, des impuretés resteront en lui. Comme elles n'ont pas été brûlées, elles pollueront l'air que nous respirons, ainsi que l'espace intérieur de l'enfant. Ajoutons à cela l'invasion de notre pensée par des images horribles, qui s'adressent à ce qu'il y a de plus bas en nous. Les têtes des enfants sont remplies de cauchemars, multipliés dans les rues, où la violence sévit de plus en plus. Ce cercle vicieux ne s'interrompra que par la formation des jeunes, grâce à une autre « diète ». Il faut évoluer vers une autre moralité, une religion qui rime avec une connaissance de notre temps. Le mystère, le mysticisme, la foi, sont essentiels, mais on ne peut les associer, comme auparavant, à des conceptions primitives. Le changement est nécessaire à la continuité ; cette continuité implique le fait que l'infini de l'éternité nous habite. Nous sommes là pour continuer la pensée, les arts ; et la relation entre ce qui vit. Car on ne vit pas pour s'entre-tuer.  Donc l'élargissement de notre pensée est une condition essentielle de la paix. Nous devrions nous préoccuper du développement des tiges, des racines de la plante, et pas simplement juger les fleurs : fleurs du mal, fleurs du bien. Beaucoup de jeunes, aujourd'hui, sont devenus des fleurs du mal. On les condamne, par peur, parce qu'on a besoin de se protéger. Mais c'est le résultat d'un climat de violence - encouragé par les médias et la presse - inhérent à notre civilisation. On vit dans une peur exploitée à des fins commerciales. Je l'interroge : Nouvelles Clés : Hier, vous avez dit : « c'est en enseignant qu'on apprend ». Comment a germé le projet Mus-e ? 

Yehudi Menhuin : C'est de famille ; ma femme dit toujours que je suis un rabbin. Mon père vient d'une longue lignée de rabbins, autrefois des hommes remarquables. Il avait une grande conscience pour l'humanité, pour tous ceux qui souffrent, qu'ils soient juifs, ou peaux rouges. Très musicien, il connaissait des centaines de chansons anciennes. Ma mère, droite et disciplinée, aimait aider les enfants ; pas seulement les siens. Ma soeur s'était engagée dans les travaux sociaux. C'est donc une tradition familiale : aussitôt que j'ai ouvert mon école en Angleterre, il y a trente ans, j'ai voulu aider les jeunes musiciens, et leur donner accès à une plus grande connaissance, au sens du style et aussi de l'écoute : la compréhension entre l'écouteur, et celui qui, par la musique, anime les autres.

N. C. : Vous avez eu une période indienne : a-t-elle modifié votre écoute et vous a-t-elle inspiré la notion d'un temps et d'un espace différent du monde occidental, car vous insistez sur la nécessité de la milti-culturalité....

Y. M. : Je n'aime pas les restrictions, ni me limiter à une seule action. Pour moi, la vie naturelle est l'espace entre les catégories. Par exemple, il n'est pas permis à un non passager de monter dans l'avion ; c'est une règle qu'on comprend... Mais quand un mari veut accompagner sa femme, parce qu'elle marche mal, il ne devrait pas être assujetti à cette règle ! Un autre exemple: ma femme, dans le temps, était danseuse. Elle bougeait comme une gazelle ! Aujourd'hui elle marche mal, elle a des douleurs, il faut qu'on la soutienne. Il y a quelque temps, à l'embarquement, j'ai demandé de l'accompagner jusqu'à l'avion, et on me l'a refusé. Elle m'a dit : « ne fais pas de complications, j'irai seule ». Alors je l'ai laissée. Mais j'ai dit au fonctionnaire : vous êtes bête, et vous n'avez aucun sens de vos responsabilités ! Voilà des moments où je ne me contrôle pas : à chaque fois que j'assiste à un abus d'autorité ! Il faut former des bureaucrates responsables de leur propre actions, et capables de décider par eux mêmes! Et non des automates qui disent : « c'est interdit », car c'est leur seule puissance. L'homme doit pouvoir se rebeller, et affirmer sa supériorité sur la loi. Dans le procès de Nuremberg, on a parlé de loi humaine, on voulait l'invoquer pour les criminels nazis, qui considéraient comme une vertu de dire « j'ai toujours obéi aux ordres ». Mais certaines circonstances exigent de juger l'obéissance comme un crime. Il s'agit d'un débat très important pour la psychologie humaine.

N. C. : De tous vos projets, quel est le plus important ?

Y. M. : C'est une espèce de compost, organique, tout y rentre : les espoirs, les désespoirs... Il s'agit de traduire tout ça. Voilà le thème de ma vie : donner voix à ceux qui n'en ont pas. Même le violon n'a pas de voix, avant qu'on ne la lui accorde. Il en va de même pour les enfants ; sans le projet Mus-e, ils n'auraient pas de voix. Sans l'Assemblée des Cultures du monde, les cultures opprimées - les tziganes, les immigrants - n'auraient pas de voix. La voix de la Paix c'est l'essence de ma vie.»

Livres :
Yehudi Menuhin : La leçon du maître, L'art : espoir pour l'humanité,
Variations sans thème aux éd.Buchet Chastel.

Vidéographie :
Jérusalem between heaven and earth, film Transit, Montréal.
La Mecque sacrée au cour de l'Islam, Transparences Productions.
Nusrat Fateh Ali Khan, le dernier prophète, la Sept Arte.
 

 

VILLAGE GLOBAL

Si l'on compare le monde avec un village de 100 habitants, en tenant compte de toutes ses composantes, le village ressemblerait alors à ceci :
- 57 asiatiques - 21 européens - 14 américains - 8 africains
- 52 femmes - 48 hommes
- 70 personnes de couleur - 30 blancs
- 70 non-chrétiens - 30 chrétiens
- 89 hétéros - 11 homos

- 6 personnes possèderaient 59% de la richesse mondiale totale
- 6 personnes auraient la nationalité américaine
- 80 seraient sans abri
- 70 seraient analphabètes
- 50 seraient dépendantes de quelqu'un d'autre
- 1 serait à la mort
- 2 naîtraient
- 1 aurait un PC
- 1 serait diplômée

Si l'on regarde le monde de cette manière, il est clair que compréhension, tolérance et études deviennent nécessaires.

Si ce matin vous vous êtes réveillé sans être malade, alors vous êtes plus heureux qu'un million de personnes qui vont mourir dans les prochains jours.

Si vous n'avez jamais souffert de la guerre, de la solitude ou de la faim, alors vous êtes beaucoup plus heureux que 500 millions de personnes dans le monde.

Si vous pouvez aller à votre lieu de culte, sans vous sentir obligé, sans être arrêté ou être tué, alors vous êtes beaucoup plus heureux que 3 milliards de personnes dans le monde.

S'il y a de la nourriture dans votre frigo, que vous êtes vêtu, et que vous avez un toit, alors vous êtes plus riche que

75% de la population mondiale

Si vous avez un compte bancaire, un peu d'argent de poche ou un peu de monnaie dans une petite boîte, alors vous faites partie des

8% des personnes les plus riches au monde.

Si vous savez lire ce message, alors vous êtes béni, car :

1. Quelqu'un a pensé à vous
2. vous ne faites pas partie des 2 milliards de personnes qui ne savent pas lire
3. Et... Vous avez un PC!!

Quelqu'un a dit un jour :

Travaille - comme si tu n'avais pas besoin d'argent,
Danse - comme si personne ne te regardait,
Chante - comme si personne ne t'écoutait,
Aime - comme si personne ne t'avait blessé,
Vis - comme si, ici, c'était le Paradis sur terre.

 

 

Un homme pêchait tranquillement au bord de l'eau, lorsqu'un milliardaire l'approcha et lui dit :
- Comment pouvez-vous vous contenter d'une vie aussi misérable? Avec vos quelques poissons, vous pourriez acheter un petit bateau pour pêcher plus de poissons!
- Et alors?
- En les vendant, vous pourriez acheter deux, puis trois bateaux.
- Et alors?
- Vous finiriez par constituer une flotte et devenir riche, comme moi!
- Et alors?
- Vous pourriez enfin vous asseoir et jouir tranquillement de la vie!
- Que croyez-vous donc que je fais en ce moment?

- Source inconnue

 

 

Règles d'or de la musique d'ensemble :


1. Jouer tous la même pièce.

2. Si tu joues une fausse note, jette un regard furieux vers l'un de tes partenaires.

3. Accorde soigneusement ton instrument avant de jouer, ainsi tu pourras jouer faux toute la soirée avec la conscience tranquille.

4. Une note juste au mauvais moment est une fausse note; si tous les autres se trompent sauf toi, suis ceux qui se trompent.

5. Les indications de nuance, de liaison, d'ornement ne doivent pas être observées, elles ne sont là que pour embellir la partition.

6. Si un passage est difficile, ralentis; s'il est facile, accélère, tout s'arrangera à la fin.

7. Si tu es complètement perdu, arrête tout le monde et dis: "Il me semble que nous devrions nous accorder."

8. Si par ta faute l'ensemble a dû s'arrêter, explique en détails pourquoi tu t'es trompé. Tout le monde sera très intéressé.

9. Quand tous les autres ont fini de jouer, tu ne dois pas exécuter les notes qui te restent.

10. Une fausse note jouée avec timidité est une fausse note; une fausse note jouée avec témérité est une interprétation.

- Source inconnue

 

 

Jugement de Picasso sur son art et sur lui-même

« Lorsque j’étais jeune, comme tous les jeunes, j’ai eu la religion de l’art, du Grand Art ; mais avec les années, je me suis aperçu que l’art, comme on le concevait jusqu’à la fin de 1800, est désormais FINI, moribond, condamné, et que la prétendue activité artistique, avec toute son abondance, n’est que la manifestation multiformes de son agonie. Les hommes se détachent, se désintéressent de plus en plus de la peinture, de la sculpture, de la poésie. Malgré les apparences contraires, les hommes d’aujourd’hui ont mis leur cœur dans tout autre chose : la machine, les découvertes scientifiques, la richesse, la domination des forces naturelles et des terres du monde. Nous ne sentons plus l’art comme besoin vital, comme nécessité spirituelle, comme c’était le cas dans les siècles passés.

Beaucoup d'entre nous continuent à être des artistes et à s'occuper d'art pour une raison qui a peu de choses à voir avec l'art véritable, mais plutôt par esprit d'imitation, par nostalgie de la tradition, par force d'inertie, par amour de l'ostentation, du luxe, de la curiosité intellectuelle, par mode ou par calcul.

Ils vivent encore par habitude dans un récent passé, mais la grande majorité, dans tous les milieux, n,a plus une sincère passion pour l'art, qu'ils considèrent tout au plus comme un divertissement, loisir et ornement.

Peu à peu, des nouvelles générations amoureuses de mécanique et de sport, plus sincères, plus cyniques et brutales, laisseront l'art dans les musées et les bibliothèques, comme incompréhensibles et inutiles reliques du passé.

Un artiste qui voit clair dans une fin prochaine comme c'est le cas pour moi, que peut-il faire? Ce serait une trop dure pratique de changer de métier, et dangereux au point de vue pécuniaire. Il ne reste alors que deux routes : chercher à divertir et gagner de l'argent.

Du moment que l'art n'est plus l'aliment qui nourrit les meilleurs, l'artiste peut extérioriser son talent dans tous les caprices et la fantaisie, dans tous les expédients du charlatanisme intellectuel. Dans les arts, le peuple ne cherche plus ni consolation ni exaltation. Mais les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l'extraordinaire, l'original, l'extravagant, le scandaleux. Et oui, depuis le cubisme et au-delà, j'ai contenté ces messieurs et ces critiques avec toutes les multiples bizarreries qui me sont venues à la tête, et, moins ils les comprenaient et plus ils les admiraient. À force de m'amuser à tous ces jeux, à toutes ces fariboles et à tous ces casse-tête, rébus et arabesques, je suis devenu célèbre et très rapidement. Et la célébrité signifie pour un peintre : ventes, gains, fortune, richesse. Aujourd'hui, comme vous le savez, je suis célèbre et je suis riche, mais quand je suis seul avec moi-même, je n'ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens antique du mot.

Ce furent de grands peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya. Je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et apaisé le mieux qu'il a pu l'imbécillité, la vanité et la cupidité de ses contemporains.

C'est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu'elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d'être sincère.

 

 

Article du journal Le Devoir, 26 février 2007

 

 

Article du journal Le Soleil